Pelog et slendro : deux systèmes d’accord du gamelan balinais
Sept hauteurs, cinq tons et des accords propres à chaque ensemble : pelog et slendro façonnent les couleurs du gamelan balinais.
Dans un gamelan, une mélodie lente avance tandis que des motifs rapides s’entrelacent au-dessus, ponctués par les gongs. Pour comprendre cette musique, écoutez comment l’accord, les couches, les accents et les cycles s’organisent ensemble, plutôt que de chercher un seul fil mélodique.
Sept hauteurs, cinq tons et des accords propres à chaque ensemble : pelog et slendro façonnent les couleurs du gamelan balinais.
L’ombak naît de l’accord légèrement différent de deux instruments et donne au gamelan balinais son timbre vibrant.
La mélodie de base, les motifs rapides et les gongs avancent à des vitesses différentes, mais s’accordent sur des repères communs.
Repérez le gongan, ses subdivisions et le retour du grand gong pour entendre comment le gamelan balinais organise le temps en cycles.
L’angsel suspend ou accentue le flux du gamelan et coordonne les gestes du danseur avec les réponses de l’orchestre.
De l’écriture balinaise aux chiffres et aux portées occidentales, les notations gardent une trace des pièces sans remplacer leur transmission orale.
De l’ouverture fracassante à la coda, repérez les sections, les transitions et les contrastes d’une pièce kebyar.
Un coup de bronze résonne, puis de petites notes rapides semblent se resserrer autour de lui. Dans le gamelan balinais, l’écoute passe d’une couche à l’autre : une ligne grave dessine le parcours, les instruments plus aigus la développent et les gongs en marquent les repères.
Ces éléments forment un système cohérent, même si les instruments, les accords et les usages diffèrent selon les familles de gamelan et les répertoires. Quelques notions aident à entendre comment les sons se répondent et comment la musique donne forme au temps.
Les deux grands systèmes de référence sont le pelog et le slendro. Le premier organise généralement sept degrés, même si de nombreux ensembles n’en utilisent qu’un sous-ensemble dans un répertoire donné. Le second repose sur cinq degrés, souvent plus proches d’un espacement régulier que ceux du pelog. Ces systèmes ne se transposent pas simplement sur un piano occidental.
Les distances entre les notes ne suivent pas le tempérament égal, qui permet au piano de jouer dans plusieurs tonalités avec le même accordage. Chaque gamelan possède son propre accord, réglé pour que ses instruments fonctionnent ensemble. Aucun diapason universel ne sert de référence à tous les ensembles balinais. La page sur le pelog et le slendro précise comment ces systèmes organisent les hauteurs.
Dans le gong kebyar, le selisir, fondé sur cinq sons, est très courant. D’autres ensembles et répertoires utilisent des organisations différentes, dont le saih pitu, qui mobilise les sept degrés du pelog. Le mot « accord » peut désigner l’accordage d’un ensemble ou la sonorité produite lorsque plusieurs instruments jouent ensemble. Il ne désigne pas nécessairement une succession d’accords majeurs ou mineurs comme dans une chanson occidentale.
Dans plusieurs gamelans, les instruments de même registre sont accordés par paires. L’un, appelé pengumbang, est légèrement plus bas que l’autre, le pengisep. Jouées ensemble, leurs hauteurs proches produisent un battement : le son semble onduler, et la vitesse de cette pulsation dépend de l’écart entre les deux notes.
Cette ondulation, l’ombak, n’est pas un défaut à corriger. Elle fait partie du timbre de l’ensemble et du travail d’accord des artisans. La vitesse des battements diffère d’un gamelan à l’autre, et toutes les paires ne produisent pas exactement le même effet. La page consacrée à l’ombak et aux instruments accordés par paires explique comment cette légère différence transforme un son isolé en texture vibrante.
L’ombak s’entend surtout dans les notes longues de bronze, mais colore aussi les sons brefs. La note devient une matière sonore en mouvement plutôt qu’une hauteur immobile. Ce phénomène enrichit les motifs et les accents sans remplacer la mélodie.
La musique repose souvent sur une ligne de base appelée pokok. Elle rend perceptible le parcours mélodique général, même lorsque les instruments qui l’exécutent jouent peu de notes. Les métallophones graves, comme le jegogan et le jublag, en soulignent les notes structurelles. Le penyacah, plus aigu, peut en faire entendre davantage de détails.
Au-dessus, des instruments comme les gangsa jouent des motifs plus denses. Certains relèvent du kotekan, où deux parties complémentaires, polos et sangsih, s’entrelacent pour faire entendre une ligne rapide. Le reyong, rangée de petits gongs jouée par plusieurs musiciens, ajoute d’autres figures et accents. Chaque couche possède son rythme et son niveau de détail, tout en s’articulant à la mélodie de base.
Cette organisation est souvent appelée polyphonie stratifiée. Le terme décrit des lignes superposées et coordonnées, plutôt qu’une succession d’accords plaqués. Les couches renforcent les mêmes points, s’écartent en motifs distincts ou convergent sur un accent commun. La page sur la polyphonie stratifiée détaille ces rôles et leurs relations.
La densité change d’un passage à l’autre. Une ligne sobre fait ressortir les contours de la mélodie, tandis qu’un passage animé remplit l’espace de figures rapides. Ce contraste ne se réduit pas à une opposition entre accompagnement et solo : chaque partie contribue à la forme et à l’énergie de la pièce. Pour commencer l’écoute, suivez les notes graves, puis les motifs aigus qui circulent au-dessus.
Les gongs ponctuent la musique en marquant les retours d’un cycle. Le grand gong, le gong ageng, signale souvent la fin d’un cycle important. D’autres gongs, comme le kempur et le kemong, marquent des divisions intermédiaires. Le kempli et le kajar rendent sensibles la pulsation et les repères qui organisent le parcours.
Un cycle complet, ou gongan, peut se répéter tandis que les motifs changent, se densifient ou se répondent. Le retour du gong grave aide l’auditeur à retrouver sa place dans la pièce : il ferme un parcours musical et prépare le suivant, sans nécessairement marquer la fin de toute la composition. La durée des cycles et la place des gongs varient selon les morceaux. La page sur les cycles de gong et la ponctuation du temps présente leurs principaux repères.
Dans de nombreux passages, les accents ne sont pas répartis uniformément sur chaque temps. La phrase se dirige plutôt vers un appui marqué à la fin d’un groupe. Les notes précédentes mettent cet appui en mouvement, qui devient perceptible lorsqu’il arrive. Cet accent local et le retour du cycle de gong peuvent tomber à des moments différents, mais ils se renforcent dans l’écoute.
Un angsel est une coupure, un arrêt ou un accent partagé qui transforme brusquement le mouvement musical. Les musiciens interrompent un motif, déplacent l’accent ou reprennent ensemble, souvent en réponse aux gestes d’un danseur. Le kendang, tambour qui dirige et signale de nombreux changements, joue un rôle essentiel dans cette coordination.
L’angsel rend visible le lien entre musique et mouvement. Un danseur peut s’immobiliser, tourner la tête ou marquer un geste net au moment où l’ensemble resserre son rythme. Les musiciens ne fournissent pas seulement un fond sonore : leurs accents participent à la chorégraphie, et les gestes du danseur influent à leur tour sur la conduite musicale.
Ces arrêts dépendent de la pièce, du geste et de la réponse de l’ensemble. Pour l’auditeur, ils offrent des repères concrets : une texture qui s’arrête, un impact collectif, puis une reprise. La page sur les angsel et leur relation à la danse explore ces signes musicaux partagés.
La musique se transmet largement par l’écoute, l’imitation et la mémorisation au sein des groupes. Les musiciens apprennent en observant les gestes, en répétant les motifs et en jouant avec les autres. Dans une sekaa, groupe musical organisé, le savoir s’inscrit aussi dans une pratique collective : chacun connaît sa partie et apprend à reconnaître les signaux qui annoncent un changement.
Des systèmes écrits servent également à conserver ou à apprendre le répertoire. Les notations chiffrées représentent généralement les degrés d’une échelle, et des signes peuvent préciser les durées, les répétitions ou les silences. Les conventions diffèrent d’un système à l’autre. Une partition aide à retrouver un enchaînement, mais ne décrit pas à elle seule le timbre, les battements de l’ombak, les nuances de jeu ni la coordination du groupe.
L’oralité et l’écriture se complètent. La notation soutient la mémoire et facilite le travail d’un ensemble, tandis que l’apprentissage par l’oreille transmet des détails difficiles à fixer sur une page. La page sur la notation de la musique balinaise présente les outils d’écriture et leur place dans la transmission.
Une pièce de style kebyar peut débuter par une entrée brusque et brillante, puis enchaîner des passages de caractères contrastés. Des sections plus posées font entendre la ligne mélodique avec clarté. D’autres sont plus denses, accélérées ou ponctuées de coupures nettes. La forme organise ces changements et donne à chaque retour un sens reconnaissable.
Aucun plan unique ne s’impose à toutes les pièces kebyar. Les sections, leur longueur et leurs transitions dépendent du répertoire et de la composition. Certaines compositions laissent le motif principal se déployer, puis introduisent des épisodes plus animés ou des séquences qui conduisent à une fin marquée. Les cycles maintiennent des repères, tandis que les changements de densité et les angsel relancent l’écoute.
Pour reconnaître la forme, repérez l’ouverture, écoutez les retours de la mélodie et les contrastes entre passages calmes et passages vifs, puis suivez la manière dont la pièce se termine. La page sur la forme d’une pièce kebyar décrit ces grandes étapes et les libertés propres aux compositions.
Ces notions prennent forme dans le son de l’ensemble : l’accord des instruments, leurs registres et leur organisation rendent audibles les cycles et les couches musicales. La page consacrée au gamelan balinais et à ses orchestres présente les familles d’instruments et leurs rôles.
À l’écoute, choisissez un seul repère à la fois : le battement de l’ombak, une note grave qui revient, ou le contraste entre les notes longues et les motifs rapides. Suivez ensuite les accents et les changements de texture pour entendre comment ces éléments s’assemblent sans se confondre.
Le gamelan désigne un ensemble instrumental, ainsi que la tradition musicale associée. Le gong kebyar est une famille d’ensemble et un style balinais particulier, parmi d’autres. Ses instruments et son répertoire ne représentent donc pas à eux seuls toute la diversité des gamelans de Bali.
Oui. La présence du chant dépend du répertoire : certaines formes associées au gamelan intègrent des voix, parfois en alternance avec les instruments, parfois au-dessus de l’ensemble. D’autres pièces sont instrumentales. La voix fait partie des ressources de plusieurs traditions balinaises, sans être présente dans toutes les compositions.
Non. Il marque souvent la fin d’un cycle important, mais une pièce peut continuer au cycle suivant ou enchaîner sur une autre section. La fin de la composition se reconnaît à son organisation musicale, et pas seulement au retour du gong grave.