Le kotekan, l’imbrication musicale du gamelan balinais
Deux musiciens entrelacent leurs parties pour créer une ligne rapide. Repères sur les figures et les instruments du kotekan.
Deux lignes rapides se croisent, puis deux tons résonnent ensemble : c’est le kempyung. Le kotekan empat organise cette rencontre à partir de quatre tons, donnant aux motifs du gong kebyar et du reyong une densité sonore singulière.
Au milieu des frappes sèches des métallophones, certains instants sont plus épais : deux sons apparaissent ensemble, puis le motif reprend sa course. Une seule ligne semble filer à grande vitesse, alors que plusieurs musiciens en répartissent les notes entre leurs instruments.
Cette écriture porte le nom de kotekan empat. Empat signifie « quatre » : la figure fait intervenir quatre tons, organisés en relais et en rencontres simultanées. Pour en saisir l’éclat, écoutez séparément les deux parties, puis prêtez attention aux moments où elles frappent ensemble.
La partie polos du kotekan empat reprend celle du kotekan telu. Dans cette forme, les deux parties complémentaires partagent un ton central. Le kotekan empat modifie la seconde partie : la sangsih abandonne ce ton commun et suit une autre logique dans le dessin mélodique.
Quand la polos se tait, la sangsih remplit chaque silence avec le ton immédiatement supérieur dans la figure. Lorsque la polos joue son ton le plus grave, la sangsih frappe en même temps un ton situé trois degrés plus haut. Elle se tait lorsque la polos joue son ton aigu. La figure associe ainsi des notes qui se relaient et, à certains endroits, se superposent.
Dans le kotekan telu, les parties s’articulent autour du ton central qu’elles ont en commun. Dans l’empat, ce point de partage disparaît : le ton grave de la polos peut résonner avec un ton éloigné de la sangsih. Les deux formes restent complémentaires, mais produisent des couleurs sonores différentes.
Les mots polos et sangsih désignent les deux lignes complémentaires, non deux instruments précis. Sur un métallophone, deux musiciens peuvent jouer les motifs en alternance. Dans d’autres configurations, plusieurs instruments participent à la réalisation du réseau. La page consacrée aux deux parties du kotekan explique comment leurs rôles se combinent dans une texture d’ensemble.
La grille suivante présente un fragment sur huit positions. Le point médian indique un silence. La ligne « résultat » rassemble les sons entendus à chaque position et précise les deux tons lorsqu’ils sont frappés simultanément.
| Partie | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| polos | · | ding | dong | · | ding | · | dong | ding |
| sangsih | deng | dung | · | deng | dung | deng | · | dung |
| résultat | deng | ding + dung | dong | deng | ding + dung | deng | dong | ding + dung |
Suivez d’abord la ligne de polos : elle joue ding, puis dong, avant de reprendre ding après un silence. La sangsih prend place dans les silences de la polos. Aux positions où la polos joue ding, dung frappe en même temps ; lorsqu’elle joue dong, la sangsih se tait.
Les noms ding, dong, deng et dung indiquent ici des degrés, et non des hauteurs absolues identiques dans tous les ensembles. La grille rend visible l’imbrication des attaques, sans imposer une formule à chaque pièce. Les pages sur le pelog et le slendro présentent les systèmes d’accord dans lesquels s’inscrivent ces degrés.
Le kempyung désigne la sonorité formée par un ton et celui qui se trouve trois degrés plus haut dans la gamme à cinq tons. Les paires sont ding et dung, dong et dang, deng et ding aigu, dung et dong aigu, puis dang et deng aigu. Dans l’accord balinais, cet intervalle est le plus souvent proche d’une quinte.
La quinte fournit un repère d’écoute, mais les instruments balinais ne sont pas accordés selon les intervalles tempérés de la musique occidentale. Le kempyung n’est donc pas une quinte parfaite garantie. Sa couleur dépend de l’accord propre à l’ensemble et de la façon dont les deux tons résonnent ensemble.
Dans la grille, ding et dung forment le kempyung aux positions 2, 5 et 8. Ces brèves attaques à deux tons s’insèrent dans un motif où les autres positions font entendre une note seule. Le contraste donne du relief au dessin : la paire éclaire la texture, puis les frappes séparées reprennent leur place.
L’effet peut sembler presque harmonique, mais le kotekan ne devient pas pour autant un accord continu. Les lignes gardent leur mouvement et leur identité, même lorsqu’elles se rencontrent. La densité naît de l’alternance entre relais rapides et superpositions ponctuelles, plutôt que d’un empilement de sons maintenu dans la durée.
Quand la sangsih se trouve sous la polos, notamment dans une ligne mélodique ascendante, le principe fonctionne de manière symétrique. La position relative des parties s’inverse, mais la relation entre les tons reste organisée de la même façon. Cette symétrie permet au dessin de suivre le mouvement de la mélodie tout en conservant la rencontre caractéristique du kempyung.
Le kotekan empat est largement employé dans le gong kebyar, où les métallophones gangsa exécutent des motifs rapides et précis. Les attaques alternées donnent de la mobilité, tandis que les paires de kempyung ajoutent des éclats plus denses. La page sur le gong kebyar présente la place de ces instruments dans l’ensemble.
Le reyong, rangée de gongs jouée par plusieurs musiciens, offre un autre terrain important pour cette écriture. Les interprètes se répartissent les frappes et composent ensemble une ligne qui peut être très rapide. Le kotekan empat apparaît notamment dans des passages associés au baris, où l’imbrication des hauteurs donne une forte présence à la partie de reyong. La page sur le reyong et ses quatre musiciens décrit la disposition de cet instrument.
Pour entendre la figure dans une texture dense, distinguez d’abord les attaques isolées des paires simultanées. Les premières font percevoir le relais entre les deux lignes ; les secondes signalent le kempyung. Cette écoute par plans révèle comment un motif rapide reste structuré, même lorsque plusieurs instruments jouent en même temps.
Commencez par suivre les huit positions de la grille à voix basse ou en les comptant. Repérez les attaques de la polos, puis les silences qu’occupe la sangsih. Une fois ce relais compris, concentrez-vous sur les moments où ding et dung sonnent ensemble : ces rencontres servent de points d’appui pour suivre le motif.
Pour travailler les parties, frappez ou dites d’abord la polos seule, en gardant les silences à leur place. Faites ensuite de même avec la sangsih, puis réunissez les deux lignes sans accélérer. Vérifiez que les attaques simultanées correspondent aux positions de la grille. L’exercice met en évidence la précision des relais et la régularité des paires.
L’atelier interactif permet d’écouter et d’essayer un kotekan dans le navigateur. Pour poursuivre l’écoute dans un gamelan complet, le guide d’écoute du kotekan aide à repérer les parties imbriquées parmi les autres couches musicales.
La quinte donne un repère auditif pour comprendre l’écart entre les deux tons. Elle ne signifie pas que l’intervalle est identique à une quinte tempérée : chaque gamelan possède son propre accord. La comparaison décrit une proximité, tandis que la sonorité exacte dépend des instruments de l’ensemble.
Oui. Écoutez les instants où la texture paraît plus dense, comme si deux hauteurs se mêlaient dans une même attaque. En comparant ces moments aux frappes isolées qui les entourent, vous pouvez repérer les paires simultanées sans avoir à identifier ding, dung ou les autres degrés.
Non. Les quatre tons sont répartis dans le motif, mais ils ne sont pas frappés ensemble. Dans l’exemple, les lignes produisent au plus deux sons simultanés, lors des rencontres de kempyung. Le terme désigne donc l’organisation des tons dans la figure, et non un accord de quatre notes joué d’un seul geste.