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Siku et sikuri : une flûte de Pan partagée à deux

Une mélodie de siku se construit entre deux rangées de tuyaux et deux souffles. Sur l’Altiplano, les ensembles sikuri font de cette alternance une musique de groupe, portée par les fêtes, les déplacements et l’écoute mutuelle. Ce partage offre un parallèle précis, mais non une équivalence, avec le kotekan balinais.

Lecture en 4 min Mis à jour le 29 octobre 2026

Deux joueurs de siku soufflent dans des flûtes de Pan complémentaires sur l’Altiplano.
Dans les ensembles sikuri, les joueurs se partagent les notes de la siku en alternant leurs souffles.
Sommaire

À retenir

  • Le siku répartit ses tuyaux entre deux rangées complémentaires, l’ira et l’arca, généralement jouées par deux musiciens.
  • Les deux parties s’enchaînent pour former une ligne mélodique, souvent par une alternance de notes ou de petits groupes.
  • Les ensembles sikuri sont particulièrement associés à l’Altiplano, autour du lac Titicaca, au Pérou et en Bolivie.
  • Le siku et le kotekan reposent sur des parties complémentaires, mais leur organisation et leur sonorité sont différentes.

Les tuyaux de roseau du siku n’ont ni trous ni clés : le musicien choisit une note en dirigeant son souffle sur l’ouverture d’un tube. Dans de nombreux ensembles, la mélodie exige aussi que deux musiciens coordonnent leurs rangées.

Les notes semblent alors passer d’un joueur à l’autre, tout en formant un motif continu. Cette organisation collective offre un point de comparaison avec le kotekan, où des musiciens balinais entrecroisent leurs parties. Les instruments et les textures diffèrent, mais les deux pratiques donnent à entendre plusieurs joueurs qui construisent ensemble une phrase musicale.

Deux rangées, une ligne partagée

Le siku est une flûte de Pan des Andes. Ses tuyaux, le plus souvent en roseau, sont fermés à une extrémité et assemblés côte à côte. La longueur de chaque tuyau détermine la hauteur du son. Les instruments existent en plusieurs tailles et registres ; le nombre de tuyaux et leur disposition dépendent des modèles et des traditions.

Dans le jeu partagé, les tuyaux sont répartis entre deux rangées complémentaires, appelées ira et arca. Chaque musicien prend en charge l’une d’elles. Les deux rangées réunies couvrent les notes nécessaires à la mélodie : celles qui manquent à une partie se trouvent dans l’autre. La répartition exacte varie, mais la ligne musicale se complète à deux.

Écoutée seule, une rangée peut laisser des intervalles qui donnent l’impression d’une phrase interrompue. Avec l’autre, les notes s’assemblent. Le siku est donc à la fois un instrument à vent et un dispositif de jeu collectif. Sa forme musicale dépend de la coordination des partenaires, pas seulement de la succession des tuyaux sur une rangée.

Une mélodie qui avance par alternance

Dans l’usage courant, sikuri désigne les musiciens qui jouent du siku et, par extension, les ensembles qu’ils forment. Leur jeu repose sur un échange étroit : les attaques passent d’une rangée à l’autre au fil du motif. La mélodie ne se répartit pas toujours note par note. L’alternance peut aussi se faire par petits groupes, selon la pièce et le jeu.

Il ne s’agit pas de longues phrases successives, comme dans un dialogue entre deux solistes. Le partage intervient à l’intérieur même de la ligne. Chaque joueur connaît sa partie, écoute celle de son partenaire et place ses attaques avec précision. Les musiciens ajustent aussi leur souffle pour que la phrase se poursuive sans rupture entre deux tuyaux.

Dans une troupe, plusieurs musiciens jouent la partie de l’ira et plusieurs autres celle de l’arca. Le nombre renforce les attaques et donne de l’ampleur à la ligne. Des instruments de tailles différentes font entendre plusieurs registres, des sons graves aux plus aigus. Les tambours, lorsqu’ils sont présents, soutiennent la pulsation et accompagnent le déplacement du groupe.

Les ensembles sikuri de l’Altiplano

Les formations de sikuris sont particulièrement associées à l’Altiplano, le vaste plateau qui s’étend autour du lac Titicaca, entre le Pérou et la Bolivie. La région est marquée par les cultures aymara et quechua. Les pratiques musicales sont liées à des communautés et à des histoires locales distinctes, et les formations ne jouent pas toutes de la même façon.

Lors des fêtes, les joueurs se rassemblent en troupes importantes. Ils avancent en procession ou dansent tout en coordonnant les deux parties du siku. Le son collectif porte loin, et les mouvements du groupe font partie de la performance. Selon la formation, des tambours accompagnent les flûtes et soulignent la pulsation commune.

À Puno, au Pérou, les célébrations de la Virgen de la Candelaria comptent parmi les grands rendez-vous où se produisent des formations de sikuris. Les ensembles prennent aussi part à d’autres fêtes patronales et rassemblements locaux. La pratique se transmet par la répétition et la participation au groupe, réunissant des musiciens d’âges et d’expériences différents. L’écoute mutuelle organise autant le jeu que l’activité collective.

Les ensembles jouent aussi dans des rassemblements où les musiciens se retrouvent, se déplacent et participent aux célébrations. Le siku rend cette coordination audible : elle engage le souffle, l’attention et la présence de chacun dans le groupe.

Complémentarité et dualité

La paire formée par l’ira et l’arca est parfois rapprochée de la complémentarité présente dans certaines conceptions et organisations andines. Dans plusieurs contextes sociaux et rituels, des groupes ou des rôles distincts forment une unité par leur relation. Les communautés aymaras et quechuas ont des histoires et des pratiques diverses.

Le jeu du siku rend cette complémentarité directement audible. Une rangée apporte les notes que l’autre ne joue pas, et la phrase complète dépend de leur coordination. On peut rapprocher cette organisation musicale des formes de dualité présentes dans les sociétés andines ; la signification de cette dualité dépend des contextes. Le jeu reste d’abord celui de musiciens qui soufflent, écoutent et assemblent leurs parties.

La comparaison avec Bali aide à distinguer les ressemblances et les différences. Dans le kotekan, les parties polos et sangsih se combinent pour produire une figure rythmique et mélodique imbriquée. Le siku distribue une ligne entre deux rangées de tuyaux et deux souffles. Le kotekan connaît aussi une forme d’alternance stricte appelée nyog cag, mais son organisation ne rend pas les deux traditions équivalentes.

D’autres musiques partagées

Le siku appartient à une famille plus large de pratiques où plusieurs musiciens construisent ensemble une ligne ou un motif. Le hoquet dans la musique médiévale européenne répartit lui aussi des sons entre plusieurs voix, dans des formes et des contextes différents.

La page consacrée aux musiques partagées du monde présente d’autres traditions fondées sur l’imbrication. Le siku permet de les aborder à partir d’un geste concret : deux parties séparées deviennent une phrase quand les musiciens jouent et écoutent ensemble.

Questions fréquentes

Siku et zampoña désignent-ils toujours le même instrument ?

Dans l’usage hispanophone, zampoña est un terme courant pour désigner des flûtes de Pan andines. Siku est un nom issu des langues andines, qui désigne notamment l’instrument et les pratiques de jeu associées. Les deux mots se recoupent souvent, mais leur usage dépend des régions et des contextes.

Un musicien peut-il jouer le siku seul ?

Oui, un musicien peut jouer seul certains siku ou réunir les notes des deux rangées selon l’instrument et la pratique. Le jeu partagé entre deux musiciens reste toutefois caractéristique de nombreux ensembles sikuri. À deux, chaque partie complète l’autre et la coordination devient une composante audible de la mélodie.

Les ensembles sikuri jouent-ils uniquement pendant les fêtes ?

Les fêtes occupent une place importante dans la pratique, mais les musiciens répètent aussi pour préparer les sorties et entretenir leur répertoire. Les ensembles peuvent également se produire dans des cadres culturels ou pédagogiques. Les occasions et les formes de présentation dépendent des groupes et des lieux.