Le gamelan balinais : ensembles, instruments et vie collective
Panorama des ensembles balinais, de leurs instruments accordés et de leur place dans les cérémonies, les spectacles et la vie collective.
Des lames métalliques claires et des gongs compacts donnent au gamelan angklung une voix distincte parmi les ensembles balinais. Accordé sur quatre tons, il accompagne crémations, fêtes de temple et cortèges, où son jeu entrelacé mêle vivacité et nuance plaintive.
Une lame aiguë frappe, une autre lui répond presque aussitôt, puis un gong ponctue la phrase. Dans le gamelan angklung balinais, les sons métalliques s’organisent en motifs précis, joués par un ensemble compact.
Sa palette de quatre tons façonne les mélodies et le jeu des musiciens. Une ligne de base se dessine tandis que les parties aiguës tissent des motifs rapides. L’angklung se distingue ainsi parmi les ensembles du gamelan balinais par son accord, son format et ses usages cérémoniels.
Le gamelan angklung réunit des métallophones de plusieurs registres et de petits gongs. Les lames de bronze sont montées sur des cadres de bois. Dans certaines formations, des instruments graves, comme le jublag ou le jegogan, font entendre la mélodie à un rythme plus espacé. Les métallophones aigus, notamment les gangsa, en développent les figures mobiles.
Les formations ne réunissent pas partout les mêmes instruments. On y trouve notamment des reyong, des kendang, des ceng-ceng et des gongs de ponctuation. Le kempur et le kempli, lorsqu’ils sont présents, soulignent les articulations du cycle. Cette diversité tient aux instruments disponibles et aux habitudes musicales de chaque communauté.
Les éléments de l’ensemble sont généralement plus compacts que ceux des grands gamelan cérémoniels. Ils se déplacent et se rassemblent pour une occasion, ce qui facilite leur emploi dans différents espaces. L’angklung n’accompagne toutefois pas toujours une marche : les musiciens jouent aussi installés dans un lieu de cérémonie.
L’accord repose sur quatre degrés, dans une organisation souvent décrite comme un slendro à quatre tons. Elle se distingue du pelog, autre grande famille d’accords balinais, et des gamelan à cinq degrés. Les hauteurs et les intervalles ne sont pas normalisés à l’échelle de l’île : chaque ensemble possède son accord propre. La page consacrée au pelog et au slendro présente ces deux systèmes.
Dans les gamelan balinais accordés par paires, un léger écart entre deux instruments produit une ondulation de la résonance appelée ombak. Elle ajoute du mouvement au son sans changer le nombre de degrés de l’échelle. La couleur de l’ensemble tient donc autant aux hauteurs qu’à la manière dont les sons se combinent. La notion d’ombak éclaire ce principe.
Le nom de l’ensemble renvoie aux hochets de bambou appelés angklung, autrefois intégrés à certaines formations balinaises. Ces hochets sont aujourd’hui rares dans les ensembles de Bali. Le nom demeure, tandis que les lames métalliques et les gongs portent l’essentiel du jeu.
L’angklung balinais se distingue de l’instrument de l’ouest de Java. Dans cette tradition, des tubes de bambou montés sur un cadre produisent leurs notes quand on secoue l’instrument. À Bali, le terme désigne un ensemble de métallophones et de gongs, joués avec des maillets. Le nom est commun, mais les instruments et les façons de produire le son diffèrent.
Le format actuel de l’angklung ne se réduit pas à la présence ancienne des hochets. C’est un gamelan à part entière, avec ses registres, ses cycles et ses parties complémentaires. Les métallophones gangsa illustrent eux aussi les rôles mélodiques et ornementaux que les lames peuvent remplir.
Les instruments aigus répartissent une phrase entre deux lignes complémentaires. L’une porte les notes polos, l’autre les notes sangsih. Jouées ensemble, elles s’emboîtent et font entendre une ligne plus rapide que chacune des parties prise séparément. Cette technique, le kotekan, est un trait majeur de nombreux gamelan balinais.
Dans l’angklung, les quatre degrés offrent un matériau resserré pour ces motifs. Les musiciens font circuler une figure entre plusieurs registres, la densifient ou laissent respirer la mélodie principale. Certaines configurations relèvent du kotekan empat, une forme d’imbrication sur quatre hauteurs. La présence de quatre tons dans l’ensemble ne suffit pas à définir cette technique.
Le jeu repose sur l’écoute mutuelle autant que sur la vitesse. Chaque musicien ajuste ses attaques à celles de son partenaire, afin que les deux lignes composent un dessin cohérent. Les parties polos et sangsih montrent comment une phrase se partage entre deux musiciens. La page sur le kotekan détaille les principes de cette imbrication.
Les attaques nettes et les résonances des lames donnent à la musique une présence lumineuse. Certaines mélodies prennent aussi une couleur plaintive, liée à leur contour et à la sonorité de l’accord. Ces impressions coexistent : un motif vif garde sa douceur, et une phrase lente conserve l’éclat métallique de l’ensemble.
Le registre grave pose une assise plus espacée, tandis que les lignes aiguës s’entrelacent au-dessus. Les gongs rendent audibles les grandes articulations du cycle et aident à suivre le retour des phrases. La mélodie, les motifs rapides et la ponctuation des gongs restent ainsi perceptibles dans un même tissu sonore.
Le gamelan angklung accompagne des événements liés au calendrier religieux et à la vie des communautés, notamment les fêtes de temple et les crémations. Lors d’un cortège funéraire, il accompagne le déplacement vers le lieu de la crémation. La musique donne un cadre rythmique au mouvement collectif, tandis que les gongs marquent les articulations de la pièce.
Son format permet de déplacer et de rassembler les instruments selon les besoins de la cérémonie. L’angklung joue ainsi dans un cortège, mais aussi dans un espace où les musiciens s’installent autour de leurs instruments. Le choix du gamelan dépend du contexte rituel, des ressources de la communauté et des habitudes musicales locales.
Le répertoire comprend des pièces destinées à ces cadres cérémoniels, avec des mélodies et des cycles qui organisent le jeu collectif. Les passages où la ligne se déploie alternent avec des sections plus animées, où les figures entrelacées gagnent en densité. Le kotekan ne sert pas seulement à accélérer la musique : il met en relief une mélodie et relie les parties de l’ensemble.
Le contraste avec le beleganjur, autre gamelan associé aux processions, fait ressortir la variété des usages. Le beleganjur est fortement lié au jeu en déplacement, avec des cymbales et des tambours qui portent le rythme dans l’espace. L’angklung prend aussi place dans certains cortèges, mais ses métallophones et ses gongs lui donnent une texture différente. La page sur le gamelan beleganjur présente cet autre ensemble processionnel.
Pour reconnaître le gamelan angklung, prêtez attention à sa palette de quatre tons, aux lames métalliques et à la façon dont les lignes aiguës s’assemblent sans se confondre. La musique associe une mélodie de base, des motifs imbriqués et des gongs qui ponctuent le cycle. Suivre d’abord la ligne grave, puis écouter les attaques rapides des instruments aigus, aide à distinguer ces couches.
Les contextes de jeu donnent aussi des repères : l’ensemble accompagne une cérémonie sur place ou se déplace avec un cortège. Pour comparer ses couleurs à celles d’autres formations et préparer une écoute à Bali, consultez le guide consacré à l’écoute du gamelan à Bali.
Non. « Quatre tons » décrit le nombre de degrés de l’échelle, pas quatre fréquences normalisées identiques partout. Les hauteurs et les intervalles concrets sont établis pour chaque ensemble. Les instruments sont accordés pour sonner ensemble, si bien que réunir des pièces de gamelan différents peut produire un accord incohérent.
L’accord d’un instrument est défini avec celui des autres pièces de l’ensemble. Dans les gamelan accordés par paires, le léger décalage entre deux hauteurs participe à l’ombak, l’ondulation de la résonance. Un instrument provenant d’un autre gamelan risque donc de ne pas s’accorder avec les autres, même s’il a la même fonction.
L’apprentissage passe largement par l’écoute, la démonstration et la répétition collective. Une notation peut aider à mémoriser une pièce, mais elle ne remplace ni l’ajustement des attaques ni la coordination entre les parties. Les répétitions transmettent aussi les conventions du groupe et la façon de faire sonner l’ensemble.