Le gamelan balinais : ensembles, instruments et vie collective
Panorama des ensembles balinais, de leurs instruments accordés et de leur place dans les cérémonies, les spectacles et la vie collective.
À Tenganan, dans l’est de Bali, les lames de fer du selonding accompagnent les cérémonies et portent un répertoire transmis localement. Associé aux communautés Bali Aga, cet ensemble se distingue par son accord pelog à sept tons et par le statut sacré de ses instruments.
Une frappe de bois fait sonner une lame de fer. L’attaque est nette, puis la note se mêle aux autres hauteurs dans une trame dense. Cette couleur caractérise le selonding, un gamelan balinais dont les principaux instruments sont en fer plutôt qu’en bronze.
À Tenganan, dans l’est de Bali, le selonding accompagne les cérémonies et reste lié à une tradition vivante. Ses instruments sont considérés comme sacrés. Les communautés qui en ont la responsabilité suivent leurs propres règles pour les conserver et les utiliser.
Le selonding est lié à des villages dits Bali Aga, expression employée pour désigner certaines communautés balinaises aux traditions locales anciennes. Tenganan est le village le plus souvent associé à cet ensemble. Les usages, les répertoires et les règles de chaque communauté s’inscrivent dans une histoire locale.
On décrit souvent le selonding comme ancien, mais son origine ne se rattache pas à une date de fondation connue. Sa transmission s’est poursuivie de génération en génération, au fil des transformations de la vie des villages. L’ensemble réunit ainsi des instruments, des usages rituels et des savoirs transmis au sein de la communauté.
Ses lames de fer sont montées sur des supports et frappées avec des maillets. Les musiciens font entendre des lignes complémentaires, plutôt qu’une succession de notes jouées par un instrument unique. Cette facture le distingue des ensembles de bronze, notamment du gong kebyar. Le gamelan balinais comprend plusieurs familles d’orchestres, dont le selonding.
Le selonding est accordé selon le pelog à sept tons. Ce nombre désigne les hauteurs disponibles, sans imposer que chaque morceau les fasse toutes entendre. Selon la pièce et les habitudes musicales du groupe, une mélodie privilégie une partie de ces hauteurs.
Les intervalles ne correspondent pas à ceux d’une gamme tempérée occidentale, dont les écarts entre notes sont réguliers. Chaque ensemble possède sa propre couleur d’accord, liée à la fabrication et à l’accord des lames. Le dossier sur les deux grands systèmes d’accord balinais compare le pelog et le slendro sans ramener ces musiques à des catégories occidentales.
L’accord façonne le timbre, mais ne décrit pas à lui seul le répertoire. Les motifs transmis, leur organisation et leur fonction cérémonielle comptent tout autant. L’écoute suit donc les hauteurs, les lignes qui les relient et la place de la musique dans la vie du village.
À Tenganan, le selonding accompagne des moments du calendrier rituel, notamment les cérémonies liées à la vie du village. Les instruments ne sont pas du matériel de concert ordinaire : leur conservation, leur déplacement et leur utilisation répondent à des usages transmis au sein de la communauté.
Le caractère sacré de l’ensemble se manifeste aussi dans les règles d’accès et de jeu. Les personnes autorisées à manipuler les instruments et les circonstances où ils résonnent dépendent des pratiques locales. Les communautés Bali Aga établissent leurs propres responsabilités et procédures.
La musique ne sert pas seulement à annoncer une cérémonie. Les motifs, leurs reprises et les relations entre les parties structurent l’écoute. Jouer demande de connaître le répertoire et de prendre part à une pratique collective où l’apprentissage se lie à la présence aux cérémonies. Dans certaines communautés, les musiciens se retrouvent au sein d’une sekaa, un groupe consacré à une activité artistique ou rituelle, dans le cadre plus large du banjar, la communauté locale.
Le fer donne au selonding une couleur métallique distincte de celle des ensembles de bronze. Les attaques rendent les hauteurs très perceptibles, tandis que les parties réunies composent une texture plus riche qu’une suite de notes isolées. La densité dépend de l’accord, du registre des instruments et de la répartition des motifs.
Dans plusieurs traditions balinaises, les musiciens répartissent un motif entre des parties complémentaires : c’est l’univers du kotekan. Certaines pièces de selonding font appel à ces jeux d’imbrication. Le kotekan appartient à un paysage musical plus vaste, mais ne résume pas l’identité de l’ensemble, qui tient aussi à son répertoire, à son timbre et à ses usages rituels. La page sur les principes du kotekan détaille les relations entre ces parties musicales.
Les sonorités métalliques ne donnent pas à tous les ensembles la même fonction. Dans de nombreux gamelans, les gongs ponctuent les cycles musicaux. Le dossier sur les gongs du gamelan décrit ces rôles ; le selonding, lui, s’écoute d’abord à travers ses lames et les motifs de son répertoire.
L’intérêt pour le selonding se renouvelle parmi les musiciens et les auditeurs. Des créations récentes explorent les ressources de l’ensemble et font entendre ses sonorités dans de nouveaux contextes. Elles élargissent le répertoire sans effacer les usages cérémoniels, qui restent liés aux communautés et à leurs règles.
Les pièces nouvelles ne s’adressent pas toutes aux mêmes occasions. Certaines sont conçues pour des présentations musicales ou des concerts, tandis que le répertoire rituel garde sa place dans la vie du village. Les communautés définissent localement le statut des instruments et leurs conditions d’utilisation. Une œuvre contemporaine ne se confond donc pas avec l’accès aux objets sacrés.
La transmission passe par les relations entre musiciens et par la participation à la vie collective. Elle comprend la connaissance des pièces, les gestes de jeu et les responsabilités liées aux cérémonies. Le dossier sur la sekaa et le banjar éclaire cette organisation. Celui sur la fabrication du gamelan présente le travail des artisans et les enjeux de l’accord.
Pour entendre ce qui distingue le selonding, prêtez attention à l’attaque des lames, à leur résonance et aux motifs qui circulent entre les instruments. Comparer cet ensemble à d’autres gamelans fait ressortir les différences de timbre et de fonction. Le guide des lieux et contextes d’écoute du gamelan à Bali propose des repères pour poursuivre l’exploration.
Il désigne un ensemble de gamelan et, par extension, une tradition musicale associée à cet ensemble. Les lames de fer en sont les instruments caractéristiques, mais le terme ne nomme pas une lame prise isolément. Le contexte indique généralement si l’on parle de l’orchestre, de ses instruments ou de la musique qui lui est liée.
Oui. Des présentations musicales et des créations récentes donnent aussi à entendre le selonding hors du calendrier rituel. Ces occasions ne signifient pas que chaque ensemble rituel soit disponible pour la scène : le statut des instruments et leurs conditions d’usage restent définis localement.
Non. Les sept tons décrivent les hauteurs disponibles dans l’accord, pas une obligation de faire entendre chacune d’elles dans chaque pièce. Une mélodie peut se concentrer sur une partie des notes. Les motifs et les relations entre les parties contribuent aussi à la forme musicale.