Le gamelan balinais : ensembles, instruments et vie collective
Panorama des ensembles balinais, de leurs instruments accordés et de leur place dans les cérémonies, les spectacles et la vie collective.
Deux baguettes courent sur une rangée de gongs à mamelon : le trompong confie à un musicien une ligne mélodique pleine d’ornements. Important dans le gong gede et le semar pagulingan, il est moins central dans le gong kebyar, mais reste associé à une danse où le danseur joue lui-même.
Une note résonne tandis que la baguette opposée rejoint un gong plus loin. Ce chevauchement, produit par deux mains sur une même rangée, donne au trompong une ligne qui semble se déployer sans interruption.
Dans le gamelan balinais, l’instrument se distingue par cette mélodie conduite par une seule personne. Son rôle varie selon les ensembles : important dans certaines formations anciennes, il est moins central dans le gong kebyar.
Le trompong réunit des gongs de bronze à mamelon, posés sur un bâti horizontal. Chaque gong correspond à une hauteur, et le musicien parcourt la rangée avec deux baguettes, une dans chaque main. En frappant le mamelon, il fait ressortir les notes de la mélodie, qu’il enchaîne rapidement ou laisse résonner les unes sur les autres.
La disposition des gongs permet au joueur de passer d’une hauteur à l’autre par un mouvement continu des bras. Les accents, la durée des sons et les ornements donnent à la ligne son profil. La coordination des mains reste précise, même lorsque les frappes se rapprochent ou se répondent.
Le reyong est lui aussi une rangée de gongs à mamelon, mais sa partie est répartie entre plusieurs musiciens. Au trompong, un seul joueur conduit toute la ligne. Cette différence change la texture : le trompong suit le trajet d’un interprète, tandis que les parties du reyong se distribuent et s’entrelacent entre les joueurs.
Dans le gong gede, le trompong porte une partie mélodique importante. Il reprend le contour du pokok, la mélodie de référence, puis le développe par des passages et des ornements. Sa ligne gagne en mouvement tout en gardant les repères qui permettent aux autres instruments de rester ensemble.
Le semar pagulingan donne également une place de premier plan au trompong. Sa partie peut sinuer autour de la mélodie, la prolonger ou préparer ses points d’arrivée. Les autres instruments construisent autour d’elle un tissu sonore où les registres et les cycles se répondent.
La ligne du trompong rend la mélodie perceptible, tandis que les musiciens partagent les repères rythmiques et les articulations de la pièce. Le joueur fait vivre sa partie sans s’écarter de ces repères.
Avec le développement du gong kebyar au début du XXe siècle, l’équilibre entre les instruments évolue. Le trompong reste présent dans certains répertoires, mais il n’occupe plus systématiquement le premier plan. La conduite de la mélodie et de ses transformations se répartit davantage entre plusieurs pupitres.
L’ugal marque les repères : ses gestes et sa partie rendent perceptibles les articulations et les changements importants. Le reyong déploie des figures rapides, tandis que les gangsa participent à des motifs imbriqués. Dans le gamelan kebyar, le trompong prend place au sein d’une texture où d’autres instruments jouent un rôle plus important.
Cette évolution accompagne l’histoire du kebyar au début du XXe siècle, avec ses changements de répertoire et d’écriture musicale. Le contraste avec le gong gede et le semar pagulingan montre que le rôle d’un instrument dépend de l’organisation de chaque ensemble autant que de ses possibilités sonores.
Le trompong a aussi donné son nom au kebyar trompong, une danse solo dans laquelle le danseur joue lui-même de l’instrument. Les frappes font partie de l’action dansée. Les bras conduisent les baguettes le long des gongs, tandis que le reste du corps inscrit le jeu dans une suite de mouvements.
I Ketut Marya, connu sous le nom de Mario, est étroitement associé à cette danse dans les années 1920 et 1930. Sa création lui est souvent attribuée, et son rôle dans son développement et sa diffusion est bien établi. La rencontre de la musique et du mouvement met en évidence une qualité centrale du trompong : sa ligne, assez autonome pour être portée par un interprète, reste structurée par les repères de la pièce.
Dans cette forme, le jeu musical devient visible. Le danseur produit les sons tout en dansant. La relation entre frappe, déplacement et rythme montre comment le trompong relie une mélodie à un geste physique.
Les deux baguettes peuvent alterner, se répondre ou frapper deux gongs ensemble. Le kempyung désigne une relation d’intervalle entre deux notes, couramment décrite comme une quinte, dont la taille dépend de l’accord de l’ensemble. Jouées simultanément, ces notes font entendre deux hauteurs ; insérées dans une phrase, elles peuvent aussi en accentuer le mouvement.
L’ornementation du trompong s’appuie sur une mélodie de référence. Le musicien prolonge une note, accélère un passage ou fait entendre un détour avant un point d’arrivée. Ces choix modifient le dessin de la phrase sans effacer ses appuis. La résonance des gongs participe aussi au phrasé : entre deux frappes, les sons se mêlent.
Cette pratique distingue le trompong du kotekan. Dans le kotekan, plusieurs parties complémentaires composent ensemble une figure rapide. Le trompong confie plutôt une ligne à un seul musicien, qui la développe au fil de la pièce en restant attentif aux autres. La page sur la polyphonie stratifiée prolonge cette écoute des différentes couches du gamelan.
Non. Le trompong est accordé pour s’intégrer à l’ensemble auquel il appartient, et les hauteurs ne suivent pas un diapason universel. Les systèmes musicaux et les intervalles diffèrent selon les formations. Un instrument ne se transpose donc pas librement d’un gamelan à l’autre.
La notation peut servir de repère, mais elle ne décrit pas à elle seule les nuances du jeu. Les motifs, les attaques et les ornements s’apprennent aussi en écoutant et en jouant avec d’autres musiciens. La pratique se construit autour d’un répertoire transmis par un enseignant ou un musicien expérimenté.
Pas nécessairement. Le gamelan est accordé selon ses propres hauteurs et ses intervalles, qui ne correspondent pas au tempérament égal du piano. Pour apprendre ou jouer avec un ensemble, il faut donc se régler sur les gongs de cet ensemble plutôt que sur un instrument à clavier.