Le gamelan balinais : ensembles, instruments et vie collective
Panorama des ensembles balinais, de leurs instruments accordés et de leur place dans les cérémonies, les spectacles et la vie collective.
Les gongs et les métallophones balinais donnent aux pièces leurs attaques et leurs résonances. Le suling et le rebab prolongent la ligne mélodique par le souffle et l’archet, surtout dans les passages lents, au sein du jeu collectif du gamelan.
Une note de flûte se glisse entre deux résonances de bronze. Elle ne frappe pas le temps : elle le prolonge, tandis que l’archet du rebab soutient une ligne que les métallophones découpent en attaques successives. Ces sonorités appartiennent à la palette du gamelan balinais, même si elles ne figurent pas dans toutes ses formations.
Le suling est une flûte de bambou ; le rebab, une vièle à deux cordes. Leur timbre et leur manière de produire le son les distinguent des instruments frappés. Ils ne remplacent ni les gongs ni les métallophones : ils s’insèrent dans le tissu musical et lui donnent une autre respiration.
La plupart des instruments d’un gamelan balinais sont percussifs. Le musicien frappe une lame, un gong ou une cymbale : le son commence par une attaque nette, puis résonne. Le suling et le rebab fonctionnent autrement. Le souffle fait vibrer l’air dans la flûte, tandis que l’archet met les cordes en vibration. Le musicien relie ainsi plusieurs notes dans un même geste.
Le rôle de ces instruments dépend de la formation et de la pièce. Ils reprennent ou ornent une ligne mélodique, accompagnent une séquence lente ou se détachent brièvement de l’ensemble. Leur fluidité attire parfois l’oreille ; à d’autres moments, ils se fondent dans les sonorités du bronze. Ils ajoutent une couche mélodique à une musique construite par la coordination de nombreux musiciens.
Ces timbres ne répartissent pas la musique entre une mélodie principale et un simple accompagnement. Les instruments se répondent et font entendre le temps de façons complémentaires. Une note tenue par le suling traverse plusieurs attaques de métallophones ; le rebab prolonge son son par le mouvement de l’archet, tandis que les gongs marquent des repères dans le cycle.
Fabriqué en bambou, le suling existe en plusieurs tailles. Les flûtes plus courtes jouent dans un registre plus aigu, tandis que les plus longues descendent davantage. Selon l’instrument et la pièce, le flûtiste suit la mélodie, en souligne certaines notes ou brode autour d’elle. Le bambou donne au son une attaque moins tranchante que celle d’une lame de bronze, et le souffle en assouplit les contours.
La respiration circulaire aide à maintenir une phrase sonore pendant que le musicien reprend de l’air. Il garde une petite réserve d’air dans les joues et l’expulse dans la flûte tout en inspirant par le nez. Il renouvelle ensuite l’air sans interrompre le son. Cette technique demande une coordination précise : elle prolonge certaines lignes sans pause audible, mais ne rend pas le souffle inépuisable.
Le flûtiste module aussi le volume et la couleur de la note. Une variation du souffle change sa présence dans l’ensemble, tandis que le mouvement des doigts infléchit la hauteur et le passage d’un son à l’autre. La flûte dessine ainsi une courbe que les instruments frappés, avec leurs attaques distinctes, rendent autrement. Dans une section calme, une note tenue traverse les motifs des métallophones qui se répondent autour d’elle.
Le suling figure dans plusieurs formations balinaises, notamment le gong kebyar. Il n’y occupe pas toujours le premier plan. Il se détache dans certains passages, puis se fond dans la texture collective quand les percussions reprennent l’initiative.
Le rebab est une vièle à deux cordes munie d’une pique qui lui sert d’appui. Le musicien frotte les cordes avec un archet et façonne la ligne en variant son mouvement et sa pression. Comme la flûte, l’instrument prolonge les sons ; la vibration des cordes apporte toutefois une couleur distincte, plus rugueuse ou plus voilée selon le jeu.
On rencontre le rebab dans certains ensembles plus intimes ou associés à des traditions anciennes, plutôt que dans toutes les formations de gamelan. Le semar pagulingan compte parmi les contextes où il peut prendre place. Sa fonction dépend de la pièce : il soutient une mélodie, en suit les inflexions ou enrichit un passage de notes tenues.
La ligne du rebab se construit à l’écoute des autres instruments. L’archet lisse le passage entre deux hauteurs, tandis que les gongs et les métallophones marquent des accents et des repères. Ce contraste fait entendre plusieurs manières de déployer la mélodie et de marquer le temps, dans un jeu où chaque instrument participe à l’ensemble.
Le gambuh est une forme ancienne de théâtre dansé balinais, accompagnée par un ensemble où figurent de très longues flûtes et le rebab. Les flûtes y tiennent une place marquée. Leur souffle soutient des phrases étirées, en accord avec le déroulement du spectacle et les gestes des interprètes.
Dans le gambuh, les instruments mélodiques participent directement à l’action scénique. La musique relie des mouvements distincts et accompagne le jeu des personnages. La flûte et le rebab créent cette continuité par leurs sons tenus, tandis que les percussions et les gongs ponctuent le déroulement musical.
Le gambuh offre un exemple des différentes couleurs des ensembles balinais. Le gong kebyar se distingue, lui, par ses contrastes et ses changements d’énergie, avec une place importante accordée aux instruments de bronze. Les instruments à souffle ou à cordes apportent une autre qualité sonore aux formations qui les réunissent.
Pour repérer le suling, suivez un son qui se prolonge et change de couleur sans l’attaque franche d’un maillet. Il se détache parfois au-dessus des métallophones, mais peut aussi rester discret dans leur résonance. La respiration circulaire donne à certaines phrases une continuité remarquable ; les reprises d’air et les changements de registre révèlent ensuite le mouvement du musicien.
Le rebab se reconnaît à la vibration de ses cordes et à la souplesse de l’archet. Une note tenue évolue légèrement, là où une lame frappée présente une attaque plus définie. Écoutez aussi comment ces instruments s’accordent avec les cycles des gongs, les motifs des métallophones et les accents du tambour.
La mélodie de base, portée par des instruments comme le jublag et le penyacah, offre un autre repère pour comprendre les lignes qui se superposent. La page consacrée au jublag et au penyacah présente cette couche mélodique. Celle sur la polyphonie stratifiée aide à écouter les différentes lignes comme des parties complémentaires.
Comparer les timbres et les rôles instrumentaux permet de situer le suling et le rebab dans la diversité des ensembles. Les pages consacrées aux autres formations précisent les couleurs et les équilibres propres à chacune, depuis les ensembles dominés par les instruments de bronze jusqu’à ceux qui font une place aux flûtes et aux cordes.
Chaque gamelan possède ses propres hauteurs, et il n’existe pas de diapason unique pour tous les ensembles balinais. Le flûtiste adapte son instrument au groupe, puis ajuste légèrement la hauteur avec le souffle et les doigtés. La flûte s’intègre ainsi à l’accord particulier de l’ensemble avec lequel elle joue.
La transmission musicale balinaise repose largement sur l’écoute, l’imitation et la pratique avec d’autres musiciens. Une notation peut servir de repère, mais elle ne remplace ni l’apprentissage du souffle ni l’attention aux nuances de la mélodie et aux réponses de l’ensemble.
Non. Le rebab n’est pas un instrument constitutif attendu du gong kebyar, dont la sonorité repose surtout sur les métallophones, les gongs et les tambours. Sa présence dépend de l’ensemble et de la pièce. Il est davantage associé à des traditions comme le gambuh et à certaines formations plus intimes.