Gamelan

Le semar pagulingan, musique raffinée des cours balinaises

Une rangée de gongs, des métallophones qui se répondent et une flûte qui prolonge la mélodie composent le timbre du semar pagulingan. Cet ensemble de cour, accordé sur sept tons, éclaire une autre histoire du gamelan balinais, entre répertoires anciens et pratiques actuelles.

Lecture en 5 min Mis à jour le 29 octobre 2026

Des gangsa, des gongs à mamelon et un joueur de suling réunis dans un pavillon balinais.
Les gongs, les métallophones et le suling dessinent les timbres raffinés du semar pagulingan.
Sommaire

À retenir

  • Le semar pagulingan est associé aux cours balinaises et à des répertoires de divertissement et de danse.
  • Sa forme saih pitu utilise un accord de pelog à sept tons, qui permet d’explorer plusieurs patutan.
  • Le trompong porte des phrases mélodiques, tandis que les gangsa, les flûtes et les gongs complètent le jeu.
  • Le recul des cours au début du XXe siècle a transformé la transmission de l’ensemble et de son répertoire.

Une phrase du semar pagulingan se déploie par touches : les gongs tintent, les lames de bronze dessinent des motifs fins et une flûte prolonge la mélodie. Le timbre reste lumineux, mais l’écoute se porte sur les inflexions, les résonances et les échanges entre les instruments.

Cet ensemble occupe une place singulière parmi les gamelans balinais. Lié aux cours princières, il associe un accord étendu à un répertoire où la finesse du jeu compte autant que la pulsation. Sa sonorité est souvent décrite comme douce et raffinée, avec aussi des passages animés et des contrastes.

Une musique liée aux cours

Le nom est couramment interprété à partir de deux éléments. Semara désigne une figure divine associée à l’amour, rapprochée du dieu hindou Kama ; pagulingan évoque le repos, le lit ou la chambre. Cette interprétation a nourri l’association de l’ensemble avec les espaces privés des palais et une musique de cour plus intime que celle des grandes cérémonies publiques.

Le semar pagulingan accompagne notamment des danses, dont le legong, et prend place dans les divertissements de cour. Ses pièces s’organisent en mélodies et en cycles, avec des changements de texture qui mettent en valeur les différents instruments. La virtuosité s’exprime dans le contrôle de l’attaque, la résonance laissée par chaque note et l’ajustement des motifs entre musiciens.

La douceur de son timbre est relative. Le bronze conserve l’éclat caractéristique du gamelan, mais l’ensemble ne mise pas constamment sur la puissance et les contrastes spectaculaires. Une ligne se détache, puis se fond dans le jeu collectif. Le gamelan balinais réunit des formations aux fonctions, aux accordages et aux sonorités très différents ; le semar pagulingan se distingue par son histoire de cour et sa palette mélodique étendue.

Sept tons et plusieurs patutan

Dans sa forme dite saih pitu, le semar pagulingan utilise un accord de pelog à sept tons. Cette étendue permet de jouer plusieurs patutan, des organisations mélodiques qui orientent le choix des notes et leurs rapports. Une pièce ne mobilise pas nécessairement les sept tons à chaque instant : chaque patutan donne une place particulière à certaines notes et dessine une couleur distincte.

Les modes ne sont pas des gammes majeures ou mineures transposées. Les intervalles et les fonctions des notes relèvent d’une organisation musicale balinaise. À l’écoute, le changement de patutan se perçoit dans la manière dont une phrase se développe, dans les tensions entre les notes et dans les points où elle semble se poser. La page consacrée au pelog et au slendro explique les deux grands systèmes d’accord balinais.

Les sept tons appartiennent à l’accord de l’ensemble, tandis que le patutan organise leur emploi dans une pièce. Les musiciens apprennent ainsi les mélodies, les formules et les points d’appui propres au répertoire. Cette connaissance se transmet largement par l’écoute et la pratique collective : les gestes, les nuances et le placement des notes s’acquièrent au contact des autres musiciens, et pas seulement par la lecture d’une notation.

Le trompong et les voix de l’ensemble

Le trompong est l’un des instruments les plus reconnaissables du semar pagulingan. Ses petits gongs à bosse sont alignés sur un support et joués avec des maillets. Un musicien y porte des phrases mélodiques ornées, qui guident l’oreille à travers les détours du répertoire. Le trompong existe aussi dans d’autres ensembles balinais, où son rôle dépend de la formation et de la pièce.

Les gangsa, métallophones à lames de bronze, apportent une autre forme de mouvement. Leurs motifs se répondent et répartissent une figure entre plusieurs interprètes. Chaque musicien joue alors une partie complémentaire ; ensemble, elles composent un dessin plus rapide et plus dense. Ce principe rejoint le kotekan, art de l’imbrication musicale balinaise, mais son usage s’inscrit ici dans le dialogue avec le trompong et le répertoire de cour. Les gangsa se jouent en frappant les lames et en étouffant les notes précédentes pour maîtriser leur résonance.

Les flûtes suling prolongent les phrases par un son souple, tandis que le rebab, instrument à cordes frottées, ajoute une ligne mélodique continue. Les instruments de percussion donnent des repères et marquent les articulations. Le kendang contribue à la conduite rythmique, tandis que les cymbales et les gongs ponctuent le cycle. Les instruments présents et leur rôle précis dépendent de la formation.

L’équilibre repose sur l’écoute mutuelle. Le trompong attire l’attention sans effacer les autres parties ; les gangsa densifient le mouvement sans transformer chaque passage en démonstration de vitesse. Les mélodies restent lisibles, même lorsque plusieurs motifs se superposent.

Le recul des cours et la transmission

Au début du XXe siècle, les transformations politiques de Bali affaiblissent les cours qui soutenaient plusieurs ensembles. Après la conquête néerlandaise des royaumes du sud, de 1906 à 1908, le pouvoir des palais recule fortement. Le patronage princier, les cérémonies de cour et les conditions matérielles de transmission changent, contribuant au déclin de traditions musicales associées aux anciennes élites.

Le semar pagulingan ne disparaît pas partout de la même manière. Certains instruments et répertoires sont conservés ; ailleurs, les ensembles perdent leur fonction ou leur continuité. Au cours du XXe siècle, des musiciens balinais et des chercheurs s’intéressent de nouveau à ces sonorités. Des ensembles sont maintenus, reconstitués ou adaptés à des cadres renouvelés, notamment l’enseignement et la scène.

Cette reprise ne rétablit pas simplement les conditions des anciennes cours. Le répertoire se transmet aussi dans des contextes collectifs et artistiques différents. Des musiciens continuent de travailler les pièces et les timbres du semar pagulingan, faisant vivre une tradition dont l’histoire reste liée aux palais sans dépendre exclusivement d’eux.

Héritage et influences

Le compositeur Colin McPhee a étudié et décrit plusieurs musiques balinaises. Ses écrits et ses compositions ont contribué à faire connaître le gamelan au-delà de Bali. Son œuvre Tabuh-Tabuhan s’inspire plus largement des sonorités et des principes musicaux balinais ; elle ne constitue pas la transcription d’une pièce de semar pagulingan. Le parcours de Colin McPhee éclaire la circulation de ces idées musicales au-delà de Bali.

Les ensembles balinais modernes entretiennent eux aussi des liens avec les répertoires plus anciens. Le gong kebyar, formation majeure de la vie musicale du XXe siècle et d’aujourd’hui, possède toutefois une identité et une énergie propres. Les échanges entre traditions ne forment pas une filiation simple : répertoires et timbres circulent, tandis que chaque ensemble conserve ses usages et ses caractéristiques. Une comparaison avec le gong kebyar fait entendre ces différences de couleur et de dynamique.

Pour prolonger l’écoute, suivez la mélodie du trompong, puis portez votre attention sur les motifs croisés des gangsa et les notes tenues par les flûtes. Les retours des gongs aident à repérer les cycles ; une seule partie suffit pour commencer à distinguer les couches sonores. La vie collective des sekaa éclaire aussi la manière dont les musiciens entretiennent et transmettent ces répertoires.

Questions fréquentes

Le semar pagulingan possède-t-il toujours le même instrumentarium ?

Non. Les instruments et leur nombre varient selon les ensembles et les périodes. Le trompong, les gangsa et les gongs sont caractéristiques de cette formation, mais la présence et le rôle des flûtes, du rebab ou d’autres instruments peuvent différer. Le nom désigne une tradition d’ensemble, pas une liste universelle et immuable d’instruments.

Pourquoi certains sons de bronze semblent-ils battre ou vibrer ?

Dans de nombreux gamelans balinais, les instruments accordés par paires sont légèrement différents en hauteur. La superposition de leurs sons produit une pulsation acoustique appelée ombak, qui signifie « vague ». L’effet dépend de l’accord des instruments et donne au bronze une vibration caractéristique.

Peut-on jouer son répertoire sur n’importe quel gamelan ?

Pas sans adaptation. Les instruments d’un ensemble sont accordés les uns par rapport aux autres, et le semar pagulingan à sept tons offre des possibilités que ne possède pas une formation accordée sur moins de tons. Pour transférer une pièce, il faut tenir compte des notes disponibles, du patutan et des rôles propres aux instruments.